Amsterdam

Il était moins de six heures. En temps normal, je me levais rarement aussi tôt. Mais ce jour-là, j’avais un train à prendre à la gare du Nord, pour me rendre à Amsterdam. Pour gagner du temps , je me passais de maquillage et attachais mes cheveux avec un catogan. Je m’habillais de façon décontractée : jean’s, basket et pull irlandais. Je n’avais pas pris de vacances depuis des mois. Aussi, l’invitation faite par mon ami Patrice, de venir visiter l’exposition « Rembrandt », m’avait emballée. D’autant plus que je ne connaissais pas beaucoup de tableaux de ce peintre. N’y cette ville, où de superbes demeures se reflètent dans l’eau des innombrables canaux.

En tant qu’attaché culturel aux musées nationaux français. Patrice se devait de superviser l’installation des 2 toiles de Rembrandt, prêtées par Le Louvre : « Portrait de l’artiste à la toque et à la chaîne d’or » et « Béthasabée au bain tenant la lettre de David ». Je trouvais qu’il avait un beau métier. Comparé à mon statut de comptable pour une agence immobilière. Agence située avenue des Champs-Elysées, certes ; mais comptable tout de même.

J’avais rencontré Patrice, quelques années plus tôt, au Musée d’Orsay. Ce jour-là, il accompagnait quelques hauts fonctionnaires étrangers, qui étaient venus s’abreuver de culture française. Moi, j’avais pris une journée de congés afin de visiter le Musée. Et c’est devant une toile de Cézanne, que nous avons fait connaissance. Il m’avait proposé une autre visite, la semaine suivante, où il me promettait de me raconter quelques anecdotes sur tel et tel peintre impressionniste.

Patrice était venu m’accueillir à la gare d’Amsterdam, afin de m’accompagner à l’hôtel. Il avait pu me réserver une chambre, à quelques centaines de mètres de l’hôtel, où il était lui-même descendu. Nous avions convenu, que je venais passer quelques jours de vacances, pendant lesquelles nous aurions la possibilité de nous voir. Mais qu’il ne faudrait pas qu’il se sente obligé de s’occuper de moi à chaque instant. Lui était là pour son travail, et je ne voulais pas être un poids. Je saurais parfaitement m’occuper de mon emploi du temps touristique.

Aussi, pour mon premier soir dans la ville, je restais seule. Patrice ayant des obligations professionnelles où je ne pouvais l’accompagner.

La nuit était tombée. J’avais pris mon dîner au restaurant, assez tôt, afin de pouvoir ressortir. J’admirais de nuit, les demeures anciennes, éclairées par les lumières jaunes des réverbères. Et je profitais de l’ambiance des cafés et boutiques, alignés le long des canaux. Le quartier était réputé pour ses magasins, surtout si l’on souhaitait acheter, ce pour quoi, beaucoup de français étaient attirés, de l’herbe !

J’entrais dans une sorte de bar à épices. Il y avait des tables basses, entourées de canapés et un immense comptoir, avec derrière, des armoires à petits tiroirs. Un peu à la façon des armoires d’apothicaires. Toutes sortes d’épices pouvaient y être senties et achetées. Des épices connues, d’autres beaucoup moins. Le vendeur ne parlait pas français et j’étais sur le point de ressortir, lorsqu’un homme s’est approché de moi :

- "Bonsoir, vous êtes française ?"

- "Oui, je suis entrée par curiosité, attirée par les odeurs qui se dégagent"

- "Je m’appelle Frédéric, je connais bien cette boutique. Je peux peut-être vous être utile. Je suis français et parle couramment néerlandais. Vous savez, les touristes aiment repartir avec quelques sachets d’épices. Peut-être aimeriez-vous, tester un peu d’herbe… ?"

- "Non merci, je n’ai pas envie d’avoir d’ennuis en rentrant"

- "Mais vous pouvez y goûter sur place, les canapés sont là pour vous détendre"

- "Je dois rentrer à mon hôtel, bonsoir"

De retour dans ma chambre d’hôtel, je me reprochais aussitôt ma réaction idiote. J’aurais très bien pu accepter et profiter d’un moment avec cet homme, à fumer de l’herbe ! Me détendre, dans un des canapés. En plus, il avait l’air sympathique. Tant pis !

Le lendemain, c’était le premier jour de visite de l’exposition. Pour aller au musée je devais traverser un parc. Des parterres magnifiques de tulipes multicolores étaient plantés à l’infini. Il n’y avait plus de place pour rentrer dans le musée. La file d’attente était stoppée pour plus d’une heure. Heureusement que Patrice avait prévu cela. Il m’avait fait déposer, le matin même, un laisser passer à la réception de l’hôtel.

Le soir, je retrouvais Patrice. Nous avions prévu de dîner ensemble, avant d’aller à la réception que donnait l’ambassade de France. Le dîner fut très réussi. Je faisais part à Patrice de mes impressions concernant l’exposition. Puis il fût l’heure de partir.

Patrice m’avait invité à la réception afin d’être sa cavalière. Le problème, c’était que je ne savais danser, ni la valse, ni le tango. Il y avait quelques années. Je m’étais inscrite à un cours de danse de salon. Mais cela avait été catastrophique, plus encore pour le tango que pour la valse. Arrivés ensemble à l’ambassade, nous allions de salons en salons. Patrice saluait beaucoup de monde. Tout à coup, il m’a semblé reconnaître quelqu’un ! C’était bien lui ! C’était l’homme de la boutique. Le même physique, la même élégance dans sa tenue. Je l’observais plus intensément. Je n’en revenais pas de le voir ici. Plus encore lorsque Patrice me signalait que c’était l’ambassadeur. Et tout à coup, je le vois tourner la tête vers moi. Nos regards se croisent, il monte les escaliers en souriant.

 

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